Les spectacles de l’auteur et metteur en scène Wajdi Mouawad, Libanais de naissance, Québécois d’adoption, sont de ceux qui dévastent, ravagent, secouent de fous rires et font jaillir les larmes. Ils emportent dans leurs remous et leurs tumultes les spectateurs, ébahis devant la virtuosité d’une écriture qui cavalcade en toute liberté, littéralement happés par les méandres d’histoires insensées. Incendies ne fait pas exception à la règle et dévide les fils multiples d’un récit édifiant qui est à rapprocher des plus anciennes de nos tragédies. Chez Mouawad, l’intime et l’universel ne sont jamais très éloignés. La pièce s’ouvre sur la mort d’une femme : Nawal, qui laisse en héritage à ses enfants une lettre les enjoignant de partir à la recherche de leur passé. De cette quête jaillira une confrontation impitoyable avec des origines innommables. Il faudra aux enfants de Nawal ce face à face sans dérobade avec leurs propres racines pour refaire le chemin que leur mère a effectué avant eux : celui du pardon. Il y a beaucoup de la vie de l’auteur dans ce drame haletant, beaucoup de ses souffrances et de ses traumatismes. La fiction est l’endroit où Wajdi Mouawad panse ses plaies, le théâtre, l’espace consolateur où l’espoir parvient à naître du plus infâme des actes. Parce que les mots passent par là, niant la bestialité de l’instinct, et permettent de se réconcilier avec soi-même.