Figure de proue du théâtre européen, Christoph Marthaler est un spécialiste des « secrets », ceux, tus par honte, qui transpirent par le biais d’attitudes étranges ou anxieuses, qui affectent les voix, nouent les corps, lézardent les êtres et leur huis clos d’élans maladroits, souffrants, drolatiques. Marthaler est de ces metteurs en scène qui installent un univers décalé, souvent burlesque, éminemment chorégraphique et musical. Éclairant d’une lumière impitoyable l’hypocrisie et le ressentiment, il crée Geschichten aus dem Wiener Wald (Légendes de la forêt viennoise), écrit par Horváth à la fin des années 20, dans une période de crise économique intense, faisant d´une importante partie de la population de futurs électeurs des nazis. Les phénomènes de société qu’il décrit ne sont pas sans évoquer une certaine actualité. Dans le Berlin d’aujourd’hui, on parle encore beaucoup d’une Allemagne de l’Est rêvée, comme pour s’échapper du présent… Dans Légendes de la forêt viennoise, on regrette le passé, on aspire aux idées de patrie, de valeurs culturelles, de religion. Dans les décors kitsch d´une autre époque — un restaurant typique berlinois, l´entrée d´un cinéma de Vienne où ne passent que des films du passé… — Marthaler, avec son humour, son engagement vigoureux et sa créativité débordante, pose un regard visionnaire, tendre, acerbe et critique sur la nature humaine.
Conférence annulée, indépendamment de notre volonté