La Filature

La condition féminine dans le monde arabe

table ronde avec Sophia Aram, Leyla Dakhli, Leyla-Claire Rabih

lun. 14 janv. 2019 18h00
Auditorium du Conservatoire, 1 rue de Metz à Mulhouse
2h environ
rdv gratuit mais inscription obligatoire au 03 89 36 28 28

RDV gratuit au Conservatoire de Mulhouse, mais inscription obligatoire au 03 89 36 28 28.

Comment vivent les femmes dans le monde arabe aujourd’hui ? Où en est-on de leurs droits ? En Algérie, depuis la réforme du Code de la Famille de 2005, les femmes peuvent quitter le territoire sans l’autorisation écrite de leur époux. Au Liban, une femme ne peut toujours pas transmettre la nationalité libanaise à ses enfants. En Tunisie, un récent projet de loi concède enfin l’égalité hommes-femmes face à l’héritage. En Europe, quelles sont les répercussions de ces situations sur la vie des femmes issues de cet espace culturel ? Sont-elles libres de leurs mouvements, de leur autonomie financière, de leurs choix professionnels et conjugaux ? Comment conjuguent-elles appartenance culturelle et émancipation ? L’humoriste Sophia Aram (marraine du festival), l’historienne Leyla Dakhli et la metteuse en scène Leyla-Claire Rabih sont toutes les trois originaires du monde arabe et concernées par ces questions qui les travaillent chacune dans leurs disciplines respectives. Cette table ronde est la leur.

facebook rejoignez l’événement !

Leyla Dakhli Docteure et agrégée en histoire, Centre Marc Bloch (Berlin).
Née en 1973 à Tunis, Leyla Dakhli est spécialiste de l’Histoire intellectuelle et sociale du monde arabe contemporain. Chercheuse associée à la Chaire d’histoire du monde arabe contemporain au Collège de France de 2004 à 2008, elle a enseigné à l’Université d’Aix-Marseille, à Paris I-Sorbonne, et animé un séminaire sur l’histoire des journalistes à l’EHESS. Ancienne chroniqueuse aux « Matins » de France Culture en 2011 ainsi qu’au journal Libération en 2013-2014, elle dirige actuellement un programme de recherche européen consacré aux révolutions dans le monde arabe (ERC-DREAM).

Sophia Aram nous fait l’honneur d’être la marraine de cette 7e édition du festival les Vagamondes. Elle participera à cette table ronde sur la condition féminine dans le monde arabe et nous livre ici son édito en forme de prologue :
« En guise d’introduction au festival les Vagamondes, j’aimerais faire part d’une théorie qui n’a pas vocation à s’imposer comme une vérité immuable pour laquelle je donnerais ma vie, mais qui, selon moi et sur le sujet épineux des femmes et de la religion, n’est certainement pas plus débile que la plupart des textes sacrés. Je pense que l’on peut toujours comparer telle ou telle religion pour déterminer celle qui serait la
moins sexiste, mais si l’on sort deux minutes la tête du bénitier, que l’on retire son voile ou sa perruque, on peut tout à fait considérer que les trois religions monothéistes sont au moins d’accord sur une chose, exprimée le plus simplement du monde par Saint Paul : “Dieu est le chef de l’homme et l’homme est le chef de la femme”. Voilà le deal. Il est aussi simple que ça. Voilà des siècles que pour acheter la soumission des hommes, les religieux de tous poils et de toutes barbes ont offert en échange la domination des hommes sur les femmes. Les femmes ont simplement été vendues aux hommes par les religieux, ce qui fait des religions la plus vaste entreprise de proxénétisme de l’histoire de l’humanité. Ce qui ne veut pas dire que l’humanité a dû attendre que les grandes religions objectivent ce pacte pour inventer la domination de l’homme sur les femmes, mais simplement que les religions ont diffusé au plus profond de nous cette domination. Il n’est pas non plus nécessaire d’être pratiquant pour y souscrire, tellement ces principes font partie de notre culture, de notre intimité et ce partout où le religieux a façonné notre pensée. Il n’est alors pas étonnant que partout dans le monde, et particulièrement où règnent les intérêts du religieux pour une lecture
littéraliste et archaïque des textes “sacrés”, les femmes payent le prix fort de cette vente forcée. Au fil du temps, certains religieux sont venus adoucir les clauses de ce contrat léonin, mais restent fondamentalement attachés à la primauté des hommes sur les femmes. Alors, en attendant que l’humanité fasse le même chemin que celui qu’elle a déjà parcouru pour passer du polythéisme au monothéisme et finisse par arriver au zérothéisme, la condition des femmes n’évoluera pas tant que des religieux auront un intérêt à vendre la soumission des femmes pour acheter celle des hommes. »