ÉDITO

Nous n’arrivons pas les mains vides


Voici que se dessine la trente-cinquième saison de la Scène nationale et que je prends la plume pour vous la présenter. Alors que je co-signe avec l’équipe de La Filature une septième saison, la programmation est là, bien concrète, dans ces pages que nous peaufinons encore pour vous, hésitant entre une photo et une autre, corrigeant cette tournure de phrase, ce mot… et nous accordant assez vite – une fois n’est pas coutume – sur le choix, évidemment décisif, du visuel de couverture ! Pourtant, en cherchant les mots qui dessinent les contours et donnent leur cohérence aux cent vingt pages de cette brochure annuelle, les questions affluent dans une sorte de vertige… Cette programmation est-elle à la hauteur des enjeux et des défis d’un monde qui a pris, en peu de temps, une série de virages aussi brutaux, aussi violents ? Comment être encore pertinent·es, utiles, pour défendre les valeurs humanistes qui fondent nos actions face aux attaques frontales qu’elles subissent, y compris dans notre pays ? Saurons-nous préserver la « tendre lenteur » indispensable à des rapports humains basés sur l’écoute, la rencontre, le dialogue, le partage et le respect mutuel ?


Cette sensation ne m’est pas étrangère. Elle fait sensiblement écho au printemps 2020, moment où, au cœur de la tourmente COVID, je signais mon premier édito pour la saison 20/21, tentant de conjurer ces mois étranges. Je me relis donc et retrouve avec plaisir ces mots, toujours pertinents : « Les théâtres font partie des lieux, probablement trop rares dans nos sociétés contemporaines, où un « en commun » reste possible. Face à la tentation du repli et de l’individualisme, les salles de spectacle demeurent des espaces de convergence, d’ouverture et de partage. C’est animé par le souci de préserver, promouvoir et renforcer l’opportunité formidable de la rencontre des publics avec les artistes et les œuvres que j’ai construit cette nouvelle saison avec l’équipe de la Scène nationale ».


C’est donc avec cette même conviction, toujours très forte, que je vous présente notre programmation 26/27, conscient qu’elle se terminera après une échéance décisive pour la démocratie dans notre pays. Une saison construite autour des mots, des gestes, des notes et des images d’artistes venu·es de bien des horizons mais uni·es par une préoccupation commune : ce qui nous divise est-il plus fort que ce qui nous unit ? Comment fait-on encore « famille » ou « société » ? Qu’avons-nous à donner en héritage ? Quels « témoins symboliques » avons-nous à transmettre aux suivant·es ? Les réponses sont évidemment multiples, chaque artiste proposant sa perspective propre dans des spectacles et des expositions qui font la richesse et la diversité de cette nouvelle programmation. Mais une chose est sûre, ils·elles n’arrivent pas les mains vides !


Nous savons cependant que sans vous, qui nous renouvelez chaque année votre confiance, ni les équipes des théâtres, ni les artistes que nous invitons et soutenons n’ont de raison d’être. Notre mission est d’organiser les rendez-vous pour vous, de créer les conditions de la rencontre ; puis de nous faire discret·ètes et vous laisser vous approprier ce que les artistes ont à vous dire. C’est donc bien vous qui avez les cartes en main. Theatre of Dreams de Hofesh Shechter ouvrira la saison en posant d’emblée la question : « Quel monde pouvons-nous encore rêver pour demain ? » 


La réponse vous appartient !


Belle saison à vous !


Benoît André, directeur de La Filature, Scène nationale de Mulhouse