La Filature

Ren Hang, Sun Yanchu, Lu Yanpeng, Zhang Xiao

exposition « suān tian kŭ là »

du 25 mai au 28 août 2021
(excepté durant la fermeture estivale du 25/07 au 16/08 inclus) en galerie en entrée libre
commissariat Léo de Boisgisson et Marie Terrieux

Découvrez cette exposition, en entrée libre dans la galerie de La Filature, du 25 mai au 24 juillet et du 17 au 28 août 2021.


exposition « suān tian kŭ là »  
L’expression chinoise suān tian kŭ là désigne les quatre saveurs – acide, sucrée, amère et pimentée –, et sert également de métaphore aux vicissitudes de la vie humaine. Cette expression intemporelle semble d’autant plus adaptée à la vie chinoise moderne qui s’est profondément transformée en quelques décennies. L’exposition présente quatre photographes d’horizons différents : Zhang Xiao, Ren Hang, Sun Yanchu et Lu Yanpeng. Les travaux de chacun des artistes évoquent quatre regards différents où le documentaire social alterne avec le journal intime ou encore les réminiscences d’une tradition poétique.


horaires galerie du mardi au samedi de 13h30 à 18h30 + tous les dimanches de mai à juin de 14h à 18h (excepté lors de la fermeture estivale de La Filature du 25 juillet au 16 août 2021 inclus)
visites guidées de groupe sur inscription : edwige.springer@lafilature.org ou 03 89 36 28 34
vernissage mardi 15 juin à 18h30 pour le vernissage en présence des 2 commissaires, Léo de Boisgisson et Marie Terrieux (réservation conseillée)


NOTE D’INTENTION DE L’EXPOSITION :

SUAN TIAN KU LA
Volume I. en 2011 à Angers

En 2011, Léo de Boisgisson et Marie Terrieux, commissaires indépendantes alors basées à Pékin, réunissent à Angers quatre photographes chinois –  Ren Hang, Zhang Xiao, Sun Yanchu et Lu Yanpeng – dans une exposition intitulée « Suan Tian Ku La ». Le nom tire son inspiration d’une expression chinoise qui désigne les quatre saveurs (acide, sucrée, amère et épicée) et intervient également comme une métaphore des aléas de la vie humaine. En empruntant ce vieil adage, l’exposition attire l’attention sur une Chine à hauteur d’homme, une Chine composée d’une diversité d’individus et de points de vue et non le grand monolithe qui, vu de l’ouest, fascine et surtout inquiète. Avec « Suan Tian Ku La », l’idée est de rendre un peu compte de cette pluralité à travers le regard de quatre photographes qui, chacun à sa manière, portraiture son environnement et son temps avec constance et sensibilité.
En puisant dans différentes séries réalisées pour la plupart entre 2004 et 2011, “They” de Zhang Xiao, “Obssessed” de Sun Yanchu, “Open Air” de Lu Yanpeng et une sélection du travail de Ren Hang, l’exposition donne à voir autant qu’à goûter et éprouver différentes textures de la Chine et différentes personnalités de la création photographique qui, dix ans après, à l’exception de Ren Hang disparu prématurément, en sont toujours des éléments actifs.

Avec son Holga et dans des couleurs vives, Zhang Xiao (né en 1981) capture le spectacle des villes moyennes chinoises où le quotidien semble advenir dans une forme de théâtralité où médecins de campagne, volailles et mammifères côtoient des candidates à un concours de beauté dans une ambiance de fête populaire.

Plus sombre est la vision de Sun Yanchu (né en 1978). Natif de la province du Henan dans la Chine de l’intérieur et adepte du Noir et Blanc, Sun semble aimanté par la poésie ténébreuse des No Man’s lands, ces poches grises situées à l’intersection des campagnes arides et des villes en construction où paysans, ouvriers et migrants vivent une existence âpre à bonne distance du rêve chinois.

Lu Yanpeng (né en 1984), quant à lui, puise son inspiration dans la beauté chinoise classique. Les toits courbés des pagodes anciennes, les arbres tortueux et les cieux nuageux rendus dans des tons sépia évoquent tout autant la peinture traditionnelle que la photographie ancienne et un hommage à une esthétique chinoise immémorielle.

Ren Hang (né en 1987), a quitté le tumulte du monde depuis l’exposition. Sa mort, survenue en 2016, a secoué profondément le monde de la photographie, aussi bien à l’étranger qu’en Chine. Ses nus – crus, ardents et purs – avaient séduit l’Europe et les États-Unis mais restaient censurés dans son pays natal et l’artiste, qui avait capté tant de lumière, était en proie aux ombres de la dépression… Certains verront dans sa mort un symptôme de la tension entre liberté et claustration, expansion et captivité, qui caractérise cette génération ultrasensible; d’autres, plus stoïques, y verront un aléa dans le cours infini de la vie. On pourrait aussi y voir une illustration marquante de notre thématique : quand le goût sucré de la bonne fortune se fond en amertume et en mélancolie…


SUAN TIAN KU LA
Volume II. en 2021 à La Filature, Scène nationale de Mulhouse

En 2021, répondant à l’aimable invitation de La Filature, Scène nationale de Mulhouse, les œuvres des quatre photographes, telles des capsules temporelles, vont se redéployer. Cette initiative originale, à rebours de la frénésie de nouveauté qui caractérise la diffusion contemporaine, va permettre de revenir sur des travaux réalisés il y a dix ans et d’évaluer leur maturation à l’aune du contexte d’aujourd’hui.
10 ans c’est peu, mais à l’échelle humaine ce n’est pas rien… surtout dans un pays tel que la Chine qui, depuis 40 ans, est engagé dans une marche forcenée vers le progrès et qui, ironie du sort, a été l’épicentre de la pandémie affectant aujourd’hui encore le monde entier. Depuis 2011, la vie a suivi son cours. En effet, la Chine a continué son irrésistible ascension de grande puissance et l’urbanisme intensif a migré du littoral vers l’intérieur du pays en transformant les campagnes en succursales des villes.

Les terres du Shandong, province natale de Zhang Xiao, important producteur de pommes, ont été ré-agencées au profit de l’agriculture intensive qui se déploie à grand renfort de pesticides et d’engrais chimiques. Alarmé par le désastre écologique en cours dans la région, Zhang Xiao est retourné à Yantai où il développe « Apple », un projet alliant photographie, vidéo et sculpture pour évoquer la pomme, pilier de l’économie locale et métaphore actuelle des dérives productivistes.

Toujours basé à Zhengzhou, chef-lieu de la province du Henan et maintenant père de famille dévoué, Sun Yanchu poursuit une pratique hybride de la photographie dans les murs de son studio plutôt que sur les routes. Avide de matière, d’intervention voire de dissection, il manipule les clichés argentiques, les siens et d’autres, chinés au gré des marchés aux puces en y appliquant encre, peinture, colle ou sang. Ses livres photos, tels que « Ficciones », sont autant de fragments issus de ses expérimentations et une invitation à explorer les tréfonds des images.

De retour dans sa ville méridionale de Xiamen depuis 2012, Lu Yanpeng a retrouvé une vie paisible après des années passées dans le tumulte pékinois. Dans la douceur du sud, il continue à nourrir « Open Air » et, inspiré par une cérémonie bouddhiste à laquelle il a assisté dans le Yunnan, a entamé « Blossom with Buddha », une série où se superposent les explosions lumineuses de feux d’artifices sur les figures impassibles du Bouddha dans des paysages vaporeux.

Urbains, provinciaux, mobiles ou sédentaires, les photographes rassemblés dans « Suan Tian Ku La » nous font voyager dans l’immensité de leur pays ou entre les quatre murs de leur studio. Ils nous confrontent à certains aspects du réel – corps, paysages, objets – ou, au contraire, nous en éloigne en proposant une autre mise en image du monde et en faisant affleurer le rêve. Dix ans après, les photographies montrées à Angers n’ont rien perdu de leur pouvoir narratif et de leur saveur. Au public Mulhousien de les déguster à présent !


Coproduction Institut Confucius des Pays de la Loire. 

www.zhangxiaophoto.com
www.sunyanchu.com
www.institutconfucius.fr

À voir également : le spectacle Outside de Kirill Serebrennikov en hommage à Ren Hang